Découvert l’existence de l'océan cosmique. Un gigantesque nuage de vapeur d'eau flottant dans l'espace profond. Des proportions gigantesques : Ce réservoir contient environ 140 000 milliards de fois plus d'eau que l'ensemble des océans de la Terre réunis. Il entoure un trou noir supermassif en activité, appelé quasar APM 08279+5255, situé à plus de 12 milliards d'années-lumière de nous. Les astronomes ont établi que cet océan de vapeur s'est formé alors que l'Univers n'avait que 1,6 milliard d'années. Cela prouve que les éléments constitutifs de l'eau (hydrogène et oxygène) et les conditions propices à la vie étaient présents très tôt dans l'histoire du cosmos…
Alexis Audren
vendredi 18 septembre 2026
Vivre/écrire
Dans l'écriture ou la recherche intense, l'esprit entre dans un état de concentration, ce fameux flow, où la conscience de soi disparaît. Cet oubli de soi procure une forme de plénitude et d'apaisement que l'on peut trouver plus durable et moins troublante que l'exaltation charnelle. L'énergie érotique est directement convertie, déplacée ou « sublimée » dans l'exigence formelle du texte. L'acte d'écrire devient alors l'acte sexuel suprême, une pénétration du sens dans le silence. Un silence du monde, toujours emmené à parler à l'excès! Cela ne signifie pas bien sûr une aversion pour la chair, mais plutôt que la jouissance de l'intellect et de la création poétique offre une intensité de l'ordre de la transe ou de la révélation, avec l'avantage de laisser une trace pérenne.
jeudi 17 septembre 2026
Vivre/écrire
Écrire : diviser. Poser un signe sur une page, c'est extraire quelque chose du chaos pour le mettre en forme. Etre parfaitement conscient de ce paradoxe : pour décrire l'infini ou l'indifférencié, utiliser le langage, qui est l'outil du fini et de la distinction. Il y a là une impossibilité de l'œuvre à porter jusqu'au bout.
Dès que Michaux s'approche trop près de la fusion mystique, il décroche. Il introduit le comique, le grotesque, le Plume qui se laisse écraser, ou l'ironie cinglante. C'est sa manière de refuser de se laisser piéger par l'illusion de la fusion. Il préfère l'écart (la dualité) au confort de l'unité. Si Michaux avait atteint la non-dualité, il aurait cessé d'écrire. Il serait devenu un sage silencieux. Or, toute son oeuvre est une lutte contre le silence, une manière de rester dans la faille. Il cherche la vibration dans l'écart. Il est dans une dualité habitée : il cherche à rendre le monde, par le langage, plus poreux, plus instable, plus proche de ce qu'il perçoit dans ses visions.
mercredi 16 septembre 2026
Vivre/écrire
A y bien réfléchir, mon carnet papier l'emporte de loin sur les notes du smartphone.
Ce n'est pas seulement une question de préférence esthétique, mais de physiologie cognitive et de rapport au monde.
Le geste d'écrire à la main engage tout mon corps, de l'épaule au poignet. Il décharge aussi une énergie pulsionnelle, de la même manière que mon pinceau ourlé d’encre sur le Velin d’arches.
Lenteur…dans le frottement de la mine ou de l'encre sur le papier: dépôt profond et tendu de la pensée.
Sur un écran de smartphone, le geste reste standardisé, glissant, abstrait…
Sur une page blanche, je peux raturer en diagonale. Détruire le poème d’un trait.
Dessiner une flèche, laisser de la marge, encercler un mot, ou laisser de grands espaces vides…
Le carnet accueille le chaos de ma pensée, brute, brutalement, par saccades. Sismographe spontané de ma vie intérieure. Sur le téléphone, la tension vient du rythme mais pas de l’aspect physique des mots, de la phrase. Jamais de rature. Lisse. La note aligne et uniformise tout.
Mon carnet emporte avec moi son froissement né de la friction entre un corps, le paysage, les phénomènes.
J’aime voir une mouche coincée entre deux pages, ou une trainée de terre, un bout de feuille coincé. Je peux retrouver la mémoire tactile d’une promenade en montagne. Il n’a pas besoin de batterie ou de réseau, ce qui peut poser vite problème quand on part quelques jours dans la nature. Il faut se munir de batteries externes robustes..etc. Tout cela alourdit, le sac et la tête.
Mais le smartphone a cela de magique qu’il permet de capter le flux en mouvement, d’une seule main, sans s’arrêter au bord du chemin, ce qui est impossible avec un carnet et un stylo lorsqu'on marche d'un bon pas.
ll faut peut être alors un certain arbitrage artistique. Utiliser différents vitesses. Si je veux un pur rythme, ce que j’appelle le marchécrire, je sors mon smartphone. Si je veux m’appesantir, sur un détail, un choc, décrire pour mieux penser par la suite ( car la description est toujours une amorce, et non une fin en soi) je prends mon carnet.
Sur un téléphone, je remarque qu’on accumule facilement des blocs de texte que l'on oublie temporairement, dans une sorte de nuage numérique, coupé de toute matérialité. Mais il est agréable de ne pas avoir à recopier tous les textes à chaque fois sur écran. En même temps, pouvoir recopier le carnet est aussi un moyen de se réapproprier l’espace une nouvelle fois. On n’est plus dans le brouillon infini: le carnet impose une présence physique de ce que l’on a écrit, qui fait qu’on ne peut que le relire, le feuilleter. Le texte est déjà ancré dans un espace circonscrit, et rejoindra plus aisément, mentalement, un autre espace circonscrit qui est celui de la page d’ordinateur.
mardi 15 septembre 2026
Vivre/écrire
Voir: heurter, être ébloui.
Eprouver la résistance de la lumière. Du blanc de la page.
Comme une surface matérielle qui repousse ou accueille. Et fait proliférer.
Nous donne un nouveau corps...brièvement, et puis un autre, et puis un autre...
Le dehors nous éprouve et nous transforme sans que la transformation se trouve quelque part, localisée...
ou alors, localisé, dans la langue, qui fait dériver...
Je sens que dans mon travail, il n'y a presque pas de passé au sens d'un arrière-plan, d'un récit mémoriel ou d'une nostalgie.
Il y a plutôt une tension vers l'immédiateté absolue, un corps à corps textuel avec le présent brut — la page blanche, l’air ou la lumière qui s'impose, ici et maintenant. Pour moi le passé est plutôt un encombrement, une épaisseur inutile. Elle fait même écran au réel. Même si j’ai tenté le récit, au fond, mon poème ne raconte rien ou si peu ; il se fait au moment même où il s'inscrit, dans un espace qui se découvre et se déchire sous le regard. Eliminer le superflu, l'anecdote et la mémoire pour ne garder que la friction de l'instant.
Club d'ombres… où l'on écrit pour un cercle de lecteurs qui se résume, parfois, à une poignée d’esprits, voire à soi-même et à l'auteur….
Ecrire depuis un point si singulier, si retiré…bouteille à la mer, stèle dans un désert.
Inadéquation avec le monde bruyant, bien sûr, mais..le risque c’est que l'exigence devienne une forteresse si hermétique qu'elle guette l'asphyxie. Bien que les mondes des mots et de la pensée nous invitent toujours à davantage de solitude peuplée et heureuse.
Rançon directe de l’exigence? Problème de la singularité à son point le plus aigu? La solitude reste souveraine mais peut se transformer en huit clos…
Ecrire pour presque personne, c’est aussi accepter de parler dans le vide, celui qui nous borde, nous constitue, et nous attend.
Souvent l’impression d’être le seul gardien d’un feu que personne ne voit brûler.
A force d’entretenir l’ardeur, l’harmonie (même par effets de contrastes) et l'exigence dans son propre monde intérieur, on en devient intolérant à la banalité, aux contradictions ou aux faiblesses des autres. Plus la patience d'accueillir l'altérité dans ce qu'elle a de bancal, de fatigué ou de trivial s’efface. C’est sûrement le pli profond d'une vie où l'on a tellement affûté son propre instrument qu'on ne supporte plus les fausses notes. Mais c'est précisément ce pli qui enferme. Quand on perçoit tout avec une certaine acuité, la présence des autres demande un coût énergétique colossal. Ce n'est pas que l’on ne se soucie pas des autres ; c'est qu'on a du mal à supporter le bruit de fond du monde social sans s'y dissoudre…
lundi 14 septembre 2026
ENROULEMENTS
Dans le ferry,
happé par l’eau crème du lac de Côme.
Le regard s’enroule
dans le cocon liquide,
le frisson
se distribue au corps.
Dans le clapotis,
un insecte
ballotté.
Corps frêle,
baigné de toutes parts,
se dépêtrant
dans ce qui m’enveloppe.
Tête au ciel —
la fin
d’un corps minime.
Le bleu mouvant de l’eau
se calme
dans son bleu figé,
étale.
(Bellagio)
dimanche 13 septembre 2026
SILS
Un soir :
l’eau par toutes ses nuances,
le soleil bas contre la paroi.
Nu dans Sils.
Je nage dans la lumière du lac.
Le corps électrique
dans la masse froide.
Ancré et léger
à la fois.
Dans la presqu’île de Chastè,
la forêt calcaire,
cette plaine de mer
montagneuse.
Les doigts
effleurent.
Le frisson.
Avancer vers le soleil,
remonter la source,
tailler
la matière liquide.
Le vent pousse.
Les mains sectionnent
l’espace.
Ronds
dans l’eau.
Saisir la coulure —
l’intouchable.
Yeux fermés.
Corps à corps
entre l’infime
et la masse.
Quelle distance entre l’eau et la peau ?
La peau de l’eau.
Plus de membres,
seulement l’enveloppe
perdant
ses bords.
Tourner,
plonger
dans la nuit des lacs.
Après la pluie,
l’odeur sèche du pin.
Personne.
Au pied le sable granulé.
À l’oreille
le froissement de l’herbe.
(Sils Maria, Engadine)
Vivre/écrire
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