vendredi 10 juillet 2026

Nager dans le noir

 

Nage 

nuit. Entrer

noir liquide

espace

sans horizon, fond, 

rivage 

perdu haut 

et bas.

Liquidation 

des lisières.

Vertige plein 

de l’obscurité.

Évide la vue. L’oreille, la main

davantage.

Bruit sourd du coeur.

Eau amniotique,

veloutée, soyeuse, huileuse,

Gélatineuse. 

Fluidité lourde,

somnambulique,

utérine.

Le mouvement des bras n’ouvre

pas l’eau, il la déplace, écartant

de grands rideaux de velours mouillé.

Noir déchiré

dans un clapotis sourd, rumeur

de sédiments remués,

referme derrière la nuque.

Sans contours le corps. Avance à l'aveugle,

les yeux grands ouverts

néant compact. Regarde

avec les bras, le torse, le déploiement du muscle

qui fend la masse. Force qui s'enfonce

primitif.

Sous la surface, texture du noir.

Fluide, fuyante, ou

dense, poisseuse, frôlé

des chevilles.

Plongeon, chute ascendante.

En arabesques éphémères.

Aspiration par le fond, épaisseur

sous les pieds qui te boit,

vertige de l’envers noir

vertical,

colonne d’eau obscure

touchant à l’aveugle, algues sables roches.

Immobile, un moment

avant de remonter, silence

de l’immersion.

Comme mourir, sans appel du bord,

corps allongé flottant

entre-deux noirs

seul nuit fondu

à la nuit fondu liquide

étendu dans la mer

le ciel même matière lumière.

 

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