Ce matin dessine
un corps pétrifié
de hachures nerveuses,
d’un faisceau de fibres ligneuses
qui s'entrecroisent et s'étirent,
comme les branches d'un arbre sec
que l'hiver aurait figé.
Assemblage patient
de structures d'attente.
Les formes devant moi sortent du papier,
elles se logent dans la pensée comme
charpente de vent, bouquet
de joncs noirs liés par l’invisible.
Elles matérialisent la faille, la longue cicatrice cou-
dée
qui coupe
la page
l’esprit.
Elles tracent un fleuve empêché
dont le cours aurait été dévié
par un sursaut de gestes saccadés.
Repos dans le papier.
Loin de la sauvagerie qui m’oublie,
sans le choc et l’impact, la violence d’un corps
sommé de survivre,
un sentier de crêtes après l’autre, devant moi
et dans la mémoire j’arpente
mieux la saturation, je déverse, coulée
qui saigne et qui soigne, j’ai
évacué l’impatience du tellurique
dans d’imaginaires affleurements rocheux, d’abstraites
herbes sèches.
J’ai mieux dévoré un bruit sans partage,
j’ai
très fébrilement
retrouvé
le son vibrant du silence.
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