Maintenant l’œil suit les méandres de la ville — il bouge dans toutes les rues, cherche ce qui viendra sur la bouche, immobile longe les devantures, lorgne les intérieurs, s’insinue dans chacune des anfractuosités de la pierre —, et les fenêtres d’un immeuble la nuit laissent entrevoir les intimités quotidiennes où se trament des manières de vivre inconnues, des rituels, des habitudes étranges. En face de chez moi, un homme inconnu vit derrière la fenêtre. Puis les lumières s’éteignent les unes après les autres. L’immeuble n’est plus qu’un immense pan de noir. Dans le noir, dans l’espace du noir, tout s’invente.
La nuit fait un silence dans la voix.
La nuit fait d’une voix un silence.
La voix fait du silence une nuit.
Maintenant.
Un long cri d’homme déchire la nuit — rumeur profonde de la souffrance humaine, lenteur lancinante des guerres et des extinctions —, ou bien un être qui s’essaie aux variations infinies de sa voix dans la ville déjà assourdissante, et dans le cri, la mort n’a plus de visage. Un peu plus tard, un cri de femme déchire la nuit. Agression. Viol. Violence. Peur et effroi suspendus dans l’air, avant que tout ne retombe dans le silence trouble où les moteurs font la basse sourde de la terre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire