vendredi 7 août 2026

Ahanner

 

 

Ahanner

 

L’imagination vivante entoure tous mes actes. Je peux m’affranchir de leurs bords, de leurs limites, de leurs enveloppes matérielles. À force de regarder une chose, j’ai le pouvoir de la transformer. La matière se distord, je vois flou ; les éléments du paysage s’échangent, se densifient, s’éclairent autrement dans ma pensée. Je ressens le monde à mesure que je lui donne un rythme par l’esprit. Je peux devenir un âne à la seule force de ma bouche. Je peux devenir un âne à la seule force de mon regard. Je peux devenir un âne à la seule force de ma tête. Je répète son nom sans discontinuer — âne, âne, âne, âne, âne, âne — et j’ahanne. J’allonge les syllabes, j’allonge les consonnes : Aaaaaaaaaan, Aaaaaaaaaan, Annnnnnnnnne, Annnnnnnne, Âneeeeeeeeeeee, Âneeeeeeeeeee, Âneeeeeeeee, me rapprochant alors presque du Aum indien, et j’ahanne… en pensant très fort à son corps au lieu du mien, en fixant mon attention sur le rythme de sa bouche mâchant du foin. Je suis le foin mâché ; à chaque mouvement de l’âne, je suis dans sa bouche, et sa bouche est dans ma tête.

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