samedi 15 août 2026

Mémoire de la main

 

Je regarde ma main : je la vois pour la première fois. Je sens le poids des siècles dans la courbure de mes doigts, je vois la main des ancêtres et des paysans qui labouraient la terre — une main lourde, épaisse, striée, faite pour penser avec son geste, avec les dizaines de mains de ceux qui m’ont précédé et qui m’habitent. Main, point de passage d’une lignée. Dans ce geste machinal, le mouvement appartient à un autre ; ce corps n’est qu’un vêtement d’emprunt hanté par une présence qui traverse mes muscles. Je suis un paysage où les morts continuent de marcher.

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