dimanche 2 août 2026

Vivre / écrire

5 juillet

 

 La différence entre les animaux et les oiseaux c’est que les premiers ont un regard.

 

Trouver un équilibre entre le scriptible et le lisible.


Se penser soi-même permet à la création de mieux continuer à créer…La vie servirait de témoin. Nous sommes les yeux, les oreilles et l'esprit de l'univers. À travers nous, le cosmos fait l'expérience de sa propre existence.


Aux tensions de tous genres des poètes de l’intensité ( Rimbaud, Michaux, Artaud, Roger Gilbert Lecomte) je préfère in fine, sur le temps long, l’intensité calme. 


L’angoisse fondamentale. Plus que la mort, l’oubli, l’inexistence. Je ne sais pas m’abandonner à la vie. Qui est accepter que rien ne restera, ou si peu, de soi. 


Je n'aime ni les bars ni les restaurants. Aucun lieu de sociabilité institué comme tel. Je n'aime que la solitude des livres, des espaces sauvages. Et des amitiés sauvages, dans l’intimité d’une seule personne.  



4 juillet 


Pour un tempérament comme le mien, ancré dans une poésie de la tension, du corps et de la matière, l’écriture n’est pas un choix, c’est une fonction d’équilibrage. C’est une excrétion de l’excès. J’ingère une quantité massive de signes, d'images et de tensions. J’accumule une charge électromagnétique et émotionnelle. Si cette charge n'est pas transformée en texte, elle stagne et devient une menace. J’écris pour ne pas imploser. C'est une pression osmotique : l'intérieur est trop plein, il doit se déverser vers l'extérieur, la page, pour rétablir l'équilibre.



3 juillet 


C’est le moment où tout s’effondre pour soi. Un autre vertige. Le regard est pénétré de trous, le paysage est saturé d’ornières, le dehors est impraticable. Exister ne se mesure qu’à l’abîme. Les pas se font lourds, les idées se font sèches, rugueuses, figées. L’urgence semble être de sortir de soi, et l’étouffement devient de plus en plus intense à mesure que l’on essaie de lutter contre ce qui reste toujours en dedans. 


Lire est nécessaire à la survie. Quand nous lisons, une voix plus étrangère et progressivement familière, devient plus vaste et plus structurée que la sienne. Nous sortons de nous mêmes, nous nous soulageons du poids de devoir penser, structurer, organiser le chaos qui nous entoure. 

Je ne lis pas pour le plaisir, je lis pour ne pas m’effondrer.


Les mots des autres sont comme un nouveau corps, ou des prothèses à notre corps déficient. 


Je me rends compte que pendant longtemps l’écriture n’a guère joué qu’un rôle de nettoyant cognitif. Je devais survivre psychiquement, ainsi j’écrivais. 


2 juillet 


Je traite dans Feu la Ville, la Mer, la Montagne et la Forêt comme des états physiologiques. Fusion entre la géographie et son propre système nerveux. 


1er juillet

Il y a deux types d'écrivains : les bâtisseurs. Ils construisent des structures, des intrigues, des personnages comme on monte une charpente.
Et les capteurs. Je suis un écrivain de la réfraction. Mon esprit est un prisme. Si je n’ai pas de lumière directe (l'expérience, le choc du réel, le sel de la mer, la douleur du corps), le prisme reste noir. Je ne peux pas "inventer" le bleu si je ne l’ai pas vu percer le gris le matin même.


31 juin


Ma poésie travaille souvent sur la limite entre le corps et le monde. Dans la vie quotidienne, les sensations sont floues, éparpillées. L'écriture agit comme un scanner. En posant des mots secs, nerveux et précis, je redessine les contours de ma propre existence. Écrire  permet de me sentir exister physiquement. Chaque mot posé est une preuve de ma propre solidité face au vide de l'univers. Le monde est par nature muet et absurde. Ce besoin viscéral vient d'un refus de ce silence. J’écris pour répondre à ce qui ne parle pas. C'est une tentative de traduction perpétuelle. Je ne peux pas laisser le monde intraduit, cela me serait insupportable.


Plusieurs jours sans écrire, le souffle a été perdu, il faut muscler encore davantage la rythmique d’écrire. 


Beaucoup de gens cherchent à se perpétuer, à conserver quelque chose d'eux mêmes pour plus tard, après leur mort. Si ce n’est pas un enfant, c’est une oeuvre. Ou par exemple cette pulsion très contemporaine de photographies. Il faut sortir de cette idée à tout prix. Écrire comme on cueillerait une fleur, regarderait un paysage, comme on embrasserait une personne. 

 

L'écriture: une drogue dure. 

 

 

30 juin 



J’ai besoin de vivre chaque mot que j’écris. C’est une expérience en acte, rendre scriptible, rythmique le corps-esprit.
 

Bien souvent je n'aime pas retravailler, bien que cela soit nécessaire et que cela constitue un prolongement de la sensation déployée, dépliée. Mais c'est autant de sensations qui ne seront pas vécues dehors durant cet instant qui peut être long, incertain, pénible. 


Si je n’ai pas vécu ce que j’écris, c’est moins bien écrit.
J’ai l’intuition, vivant, à un moment, que cela va être écrit. Je dis à ma pensée de retenir l’image de la sensation, du mouvement de la sensation…et je peux la retrouver dans ma mémoire peu de temps après, la développer, l’étendre, lui donner une existence à part.

le rythme, qu’il se fasse bond et, crevant la vieille masure, / chemine au plus haut des cieux astrés » Segalen, Thibet

 

29 juin


Je me sens vivant en regardant deux fleurs et en apprenant leur nom, en mangeant, en marchant, en touchant une pierre, le sable, en regardant la montagne, en nageant, en parlant avec une personne que j'aime. En écrivant aussi bien sûr, mais j’ai équilibré le vivre et l’écrire. Plus que jamais.

« Vous ne pouvez pas murer l’horizon ». Vu tagué sur le mur d’une maison à Bandol.

28 juin

J’arpente les espaces, mesure en géomètre du poème, la surface disponible pour y introduire éventuellement une résonance, un écho à jamais dans la tête, ancrage mental indéfectible, bien plus puissant que toute promenade virtuelle. Il y a eu pied sur le macadam, repérage, étoilement, il peut maintenant y avoir mise en scène, projection, distorsion. Le voyage est l’amorce indispensable, l’élan vital et la possibilité d’une continuité buccale entre deux lieux. Écho mâché du lieu. Il faut qu’il y ait un référent sensoriel basique, que je peux après modifier. Je peux réellement ressentir à distance ce que j’aurais pu ressentir si j’avais continué le voyage par exemple.


Comme Hemingway. S’arrêter au milieu d’une phrase pour la reprendre le lendemain.


27 juin


Tout fait poème. Tout parle. Est ce un problème?

Tous les événements sont arbitraires. Nos décisions ne viennent pas de nous.
Aucune responsabilité réelle. Le cerveau fait ce qu’il peut. Même hors des conditionnements. Nous sommes dirigés par l’esprit de la matière elle-même.
Une vie bonne est la fluidité même, faire ce que l’on a à faire, sans intention, à chaque instant de notre vie.

J’écris parce que c’est le plus simple. Un stylo, une feuille, ou un ordinateur et un fichier.  

Être toujours au plus véloce de la sensation, au plus rapide, et simple. Pas de médiation, pas d'outils sophistiqués

Parfois ma nature se repose.


Être admis par la nature en ses arcanes les plus cachées, ou rester en deçà.


L’oiseau est à lui même sa propre trace. Il emmène son corps dans l'air, et le repose.


Il imaginait une vision plus importante que tout le paysage, et les rêves, et les rêves éveillés.

 

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