dimanche 17 mai 2026

Mousse

Dans un sous-bois de la forêt, je vois une belle mousse verte, odorante, lumineuse : je m’allonge dedans, m’y enfonce, y pose tout mon corps, et ma tête repose dans le vert, ce pont moelleux entre l’air frais et la terre moite ; c’est le vert le plus profond qui soit, qui a capturé chaque rayon de soleil filtré par les cimes pour le transformer en douceur. La mousse est souple, résiliante, généreuse: j’enfonce mes mains, mes bras, tout mon corps dedans, et la mousse se redresse lentement après mon passage, elle s’écrase juste ce qu’il faut pour devenir mon empreinte, dans une odeur d’humus, de terre mouillée, de bois ancien et de champignons…C’est une caresse fraiche, humide, légère ; comme la mer elle absorbe le poids d’un corps sans jamais paraitre dure. Je suis nu, mais protégé par ce matelas de soie sauvage, ce velours vivant: j’ai un nouveau corps d’herbe, crémeux, suave, spongieux. Je vibre légèrement, au même rythme que les vies minuscules sous moi, et je sens mon coeur battre avec le léger tremblement de la forêt. La mousse boit mes tensions comme elle absorbe l’humidité de l’air et le bruit infime de mes membres ; elle infuse le paysage de son onctuosité. Je finis par m’endormir dans ce tapis de patience, ce sommeil de la terre, à me perdre dans un rêve architecturé de dentelles, un entrelacs de minuscules fougères et de tiges étoilées.

 

(forêt de Fontainebleau)
 

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