Devant soi le pin, entêté, je regarde:
une pensée qui tient debout, rugueuse, verticale, je
le transperce,
vois le bleu liquide derrière, qui fuit,
du vert concentré je me regarde
incruster le vivant
dans un vide éblouissant.
Je ferme, ferme les yeux…
et fais le tour du pin marchant, je marche longtemps
vertigineux dans le noir odorant bruissant
marche maintenant sur la frondaison du pin, piquante et légèrement
tremblante, pieds nus, dans les aiguilles du sol, d'en haut, reste
là un long moment marchant
dans ce qui perce,
et aveugle présence butant
sur le tronc, je redescends...
J'ouvre les yeux
brièvement. Je vois, je vois
un spasme de terre qui s’élance vers le ciel, ce pin, je
referme les yeux, pour longtemps très long-
temps
garde l'image, ce saisissement
brun et vert, électrique, le tronc
contre le tronc, les mains dans l'écorce, et
d'un mouvement, d'un mouvement
fluide de l'esprit m’étire
de tout mon long
dans les nervures, je sens
la résine couler en moi, dans la fibre,
dans les canaux
et monter je traverse
un rythme lent, ligneux, lourdement boisé
en plaques crevassées, où le gris cendre
lutte avec le pourpre j'entends
une phrase rugueuse, la friction...
Je remonte, remonte, m'immisce
dans les branches, balan-
cées que je connais, que je sens
au bout des mains, des oreilles, combat
avec elles le vent, je prends
connaissance d'un corps
étalé dans un autre sang
étendu dans le ciel la mer je
m'arrache à l'horizontal, palpe le vide, trouve
une forme soudainement
au contact des bleus.
Yeux ouverts, yeux
fermés
je garde ma position dans le pin,
m'aligne à la ligne de crête de la colline, aux nuages,
je regarde la mer par le pin,
le ciel, les montagnes, les maisons, les plaines par toutes ses aiguilles,
j'accueille dans mon pouls cette vibration de dards
hachant, tamisant la lumière la tête
en clair-obscur
un infime bourdonnement aigu s'harmonisant par millions
dans un bruit blanc,
sourd et enveloppant, fluide, sans cassure,
confondu avec le ressac
transformant le vent en matière palpable,
un souffle continu
que j’accompagne d’un balancement
de la tête et d’un sifflement doux
et lent,
en suivant la pluie d'ombres sèches sur le sol
comme des poussières de soleil refroidi,
en palpant de mes pieds
leurs crépitement feutré.





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