mercredi 20 mai 2026

Dans le pin

 



 

Devant soi le pin, entêté, je regarde: 

une pensée qui tient debout, rugueuse, verticale, je

le transperce, 

vois le bleu liquide derrière, qui fuit, 

du vert concentré je me regarde 

incruster le vivant 

dans un vide éblouissant. 


Je ferme, ferme les yeux…

et fais le tour du pin marchant, je marche longtemps 

vertigineux dans le noir odorant bruissant

marche maintenant sur la frondaison du pin, piquante et légèrement

tremblante, pieds nus, dans les aiguilles du sol, d'en haut, reste 

là un long moment marchant 

dans ce qui perce, 

et aveugle présence butant

sur le tronc, je redescends...

J'ouvre les yeux

brièvement. Je vois, je vois

un spasme de terre qui s’élance vers le ciel, ce pin, je

referme les yeux, pour longtemps très long-

temps 

garde l'image, ce saisissement

brun et vert, électrique, le tronc

contre le tronc, les mains dans l'écorce, et 

d'un mouvement, d'un mouvement 

fluide de l'esprit m’étire 

de tout mon long

dans les nervures, je sens

la résine couler en moi, dans la fibre, 

dans les canaux

et monter je traverse

un rythme lent, ligneux, lourdement boisé

en plaques crevassées, où le gris cendre 

lutte avec le pourpre j'entends

une phrase rugueuse, la friction...

 

Je remonte, remonte, m'immisce

dans les branches, balan-

cées que je connais, que je sens

au bout des mains, des oreilles, combat 

avec elles le vent, je prends 

connaissance d'un corps

étalé dans un autre sang

étendu dans le ciel la mer je

m'arrache à l'horizontal, palpe le vide, trouve

une forme soudainement

au contact des bleus.

 


Yeux ouverts, yeux

fermés

je garde ma position dans le pin, 

m'aligne à la ligne de crête de la colline, aux nuages, 

je regarde la mer par le pin, 

le ciel, les montagnes, les maisons, les plaines par toutes ses aiguilles, 

j'accueille dans mon pouls cette vibration de dards

hachant, tamisant la lumière la tête 

en clair-obscur

un infime bourdonnement aigu s'harmonisant par millions

dans un bruit blanc, 

sourd et enveloppant, fluide, sans cassure, 

confondu avec le ressac 

transformant le vent en matière palpable, 

un souffle continu

que j’accompagne d’un balancement 

de la tête et d’un sifflement doux 

et lent, 

en suivant la pluie d'ombres sèches sur le sol

comme des poussières de soleil refroidi, 

en palpant de mes pieds 

leurs crépitement feutré.




 

 






 

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