Je m’enterre dans la terre, je mets toute mon énergie à m’enterrer le plus profondément possible, en gardant simplement un petit trou au niveau de la bouche pour laisser passer l’air ; je ne veux pas mourir, je veux juste sentir que le monde m’enveloppe, totalement, sentir que je suis porté par la terre, que je m’allonge dans la terre, que je creuse moi-même le trou dans lequel je pourrai enfin être totalement compris par la terre — elle qui, chaudement, m’aura pris dans ses bras, aura réchauffé toutes mes cellules, mis mon corps à sa température et intégré ses vibrations.
Dans une immobilité mouvante, je l’embrasserai sur la bouche, toutes ses bouches, la terre, à en avaler du sable, et je bougerai les membres à l’intérieur de la terre pour ressentir ce que c’est que d’être la terre ; même si elle ne me manifeste nul égard : elle m’intègre simplement à l’ensemble du vivant, sans distinction, sans hiérarchie… Et j’entends les insectes creuser leur trou, gratter leur espace eux aussi, pour se sentir enveloppés par la matière, emplis de nutriments.
Je sens l’odeur toujours neuve de la terre — une odeur qui donne envie de la manger, tellement elle invite à s’y rouler tout entier. À s’envelopper entièrement de terre, à s’enfouir de terre, à retourner à ce qui me constitue, à ce qui a créé le corps que je suis, à ce qui m’engloutira pour laisser la place à d’autres êtres vivants, à ce qui me mangera lentement pour extraire la matière d’un corps mort qui les nourrira.
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