Mon corps est veiné des ramifications boisées qui m’entourent. Les murs peints sont irréguliers au toucher : ma main cherche ce qui fut un arbre, elle en touche la mémoire et le présent. En touchant, je deviens le grain ondulant du bois ; la pulpe plissée de mes doigts est aussi veinée que le mur. Dans les fissures du plafond, qui s’élargissent de jour en jour, mes yeux lisent la respiration d’une matière végétale liée à la mienne. Ces lignes font écho aux veines saillantes de ma peau.
Mes pieds suivent le dessin sinueux du parquet de peuplier. Les portes donnent à ma main la texture d’une plante lisse, et le carrelage m’offre la froideur du marbre. L’armoire en sapin me fixe de ses nœuds ovales aux teintes ambrées.
Le grand pin devant la fenêtre est aussi dans les murs, aussi dans le plan de travail de la cuisine. En touchant ce bois, je touche la matière même de l’arbre extérieur — un peu moins rugueux, mais tout aussi proche dès que le regard désire.
Le panier en osier est tressé comme des poils qui se hérissent. Devant lui, mes propres poils se soulèvent : j’ai la chair de saule. Je devine les mains qui ont travaillé le bois. Dans le silence, les pierres des murs répondent aux roches du dehors. Puis je reviens dans la forêt apprivoisée des objets, parmi les mouvements végétaux du dedans — sève dans le sang.
La lumière venant de la fenêtre traverse le plancher, baigne le bois intérieur et fait communiquer le dedans et le dehors. Elle caresse le lambris, réchauffe la pièce. La chaleur de mon cœur distribue cette même lumière à tous mes organes par le flux du sang.
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