J’ai l’impression, bien souvent, de n’arriver à écrire qu’avec du visuel. Peintures, photographies, vidéos. J’ai écrit beaucoup de mes textes comme cela. Disséminations, Transports…etc
Si j’ai besoin d'une image pour déclencher l'écriture, c'est que je fonctionne probablement par ekphrasis ou par pensée visuelle. Mon cerveau réclame ce support pour libérer les mots.
L'image joue le rôle d’ancrage émotionnel. L'écriture part souvent d'une sensation abstraite. Pour beaucoup, cette abstraction est vertigineuse (le fameux syndrome de la page blanche). L’image, elle, offre un cadre immédiat. Les couleurs, la lumière ou le regard d'un personnage dans une vidéo fixent une émotion précise. Je n'invente pas à partir de rien, je traduis.
Je peux en passer par la description, qui est, encore une fois, le prémice de la contemplation. L'image sert de traducteur entre mon inconscient et mon stylo. Je pense avoir également une pensée spatiale plutôt que séquentielle, linéaire. Or, une photographie contient toutes les informations en même temps : le décor, l'ambiance, les détails. C’est un soulagement.
Il en est de même en regardant une peinture: mon cerveau scanne l'espace et pioche ce qui l'intéresse. Cela crée un chemin narratif naturel : je décris ce que je vois, et de cette description naît l'histoire.
Il est certain que chez moi, la vue soit le sens dominant qui active les autres.
En voyant par exemple une photo d'une forêt brumeuse, prise à Java en Indonésie, j’entends le silence ou je sens l'humidité...
Écrire à partir d'un support visuel permet aussi, tout simplement, de sortir de soi
immédiatement. On projette ce que l'on ressent sur l'image, ce qui crée
une distance protectrice.
Est-ce une limite ?
Je ne pense pas. Il ne faut évidemment pas s’en contenter mais cela peut être un outil.
Je pense à Zola qui prenait des photos et faisait des croquis avant de décrire ses scènes.
L'image n'est que la mèche qui allume une explosion sensorielle complète, rendant l'écriture beaucoup plus organique et vivante...Parfois, cependant, il manque l'ancrage physique du moment. Je sens que le poème écrit avec les photos manque un peu de vie, ou de rythme. La vidéo pour cela est un outil émouvant...Il m'arrive très souvent, en voyage, quand je suis trop bousculé par le rythme du dehors dans lequel je suis pris, de "filmer mes sensations". En recoupant photographies et vidéos, je peux presque devancer le temps, et en finir illusoirement avec cette obcession de passer à côté du présent, d'être toujours en retard sur la vie. Chaque seconde, tout ce qu'il se passe est abyssal. Il y a trop de matière, on est nécessairement pris par le sentiment que tout nous échappe, même quand on en a déjà capté beaucoup. On a choisi, et l'on rejette. Tout cet angle mort restant qui encombre encore.
Saturation, surplus, volupté de cela ; en chasser l'angoisse, qui est désir d'exhaustivité...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire