De la fenêtre de la cabane, je regarde un gros rocher posé dans l’herbe de la clairière. Face au mouvement du monde, ce rocher m’apparaît comme une présence rassurante, d’une stabilité infinie. Je m’y ancre, le regarde avec une intensité propre à dissoudre la pensée dans la matité sourde de sa surface. Je ne connais pas son nom, et je préfère : inconnue, mais familière par sa seule matière. La pierre garde son mystère et son autonomie.
Plus tard, je la retrouve à la même place, tenant sa forme face aux plantes, au sol, au ciel. Son ombre, simplement, s’est déplacée. Puis le ciel s’emplit de nuages : l’ombre de la pierre rejoint l’ombre de toutes les ombres, fondue dans le paysage que la lumière harmonise et absorbe.
J’essaie d’être aussi immobile et stable qu’elle entre deux regards. Cela m’épuise. Je la fixe à nouveau. Le vent souffle fort, les enfants jouent tout près, le sol se soulève de poussière ; mais la pierre demeure. Je reste fasciné devant la cohérence de ce bloc qui, contre le chaos alentour, garde sa forme, sauvagement muet au milieu de la bigarrure.
La pierre n’est pas inanimée : nous échangeons un silence. Je reste dans une relation mystérieuse avec elle parce que je ne la vois jamais en totalité. Ma perspective est celle d’un homme qui regarde le minéral, ignorant ce qu’en perçoivent le vent ou les animaux. L’intérieur me reste caché, comme le dessous. À moins de la retourner ? À moins de la fendre ? Mais qu’y a-t-il derrière le dessous ? Qu’y a-t-il derrière l’intérieur ?
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